P. Jean Ilboudo

Quand l'Eglise d'Afrique redécouvre le Jeûne

L’Église Famille redécouvre le jeûne

comme chemin d’union à Dieu

 et moyen de combat spirituel

                          Ilboudo Jean de la Théotokos, S.J

 

 

 

 

« Veux-tu que ta prière vole à Dieu ?

Donne-lui deux ailes le jeûne et l’aumône »

 St. Augustin

 

Ilboudo Jean de la Théotokos, s.j.

                                      

                                                INTRODUCTION

L’Eglise Famille du Burkina peut-elle redécouvrir le jeûne ?

 

Pourquoi cet intérêt pour le jeûne ? Mon expérience personnelle.

Un jour j’ai acheté un livre au bord de la route à la « librairie par terre », comme l’on dit ici en Afrique. Un livre en anglais avec pour titre : « The fast way to health and vigour ». J’ai pensé en l’achetant trouver un chemin rapide pour se maintenir en bonne santé et en pleine vigueur. Je m’étais trompé ! Il s’agissait en fait d’un livre sur le jeûne (fast) comme chemin (way) pour conserver la santé et la vigueur. Heureuse erreur ! Je dévorai ce livre qui donnait l’expérience d’un homme en Afrique du Sud qui avait vécu un jeûne de 50 jours, les dix derniers jours furent passés au lit. L’auteur décrivait les bienfaits du jeûne et principalement celui du jeûne radical.

Quelques temps après, j’apprenais que la Communauté du Chemin Neuf, depuis quelques années avait découvert et avait pratiqué le jeûne comme soutien de la foi de la communauté. Les grandes décisions, les orientations, les élections étaient précédées par un temps de jeûne. La Communauté du Chemin Neuf avait aussi commencé à proposer à des personnes qui le désiraient des sessions « jeûne et prière ». Une session de ce type fut proposée en Côte d’Ivoire en 1991 à Kodjoboué, Bonoua.

Je décidai moi-même de vivre cette expérience tout seul à Abidjan en suivant les indications données par les membres du Chemin Neuf. J’en tirai un grand profit spirituel et j’invitai quelques personnes à faire la même expérience. Des frères et soeurs du Renouveau charismatique me demandèrent d’organiser au Burkina une session « jeûne et prière », c’est ainsi qu’en Août 1997 j’acceptai de conduire 32 personnes dans l’expérience d’une retraite de huit jours pendant laquelle les cinq premiers jours furent des jours de jeûne radical et les trois derniers jours furent consacrés à la reprise alimentaire. Les retraitants tirèrent un grand profit au double plan spirituel et physique. En septembre 1998, je donnai une seconde retraite « jeûne et prière » à des Religieuses de l’Immaculée Conception à leur demande. Un évêque du Burkina vécut cette expérience spirituelle avec les Religieuses. Au Cameroun, à Douala je donnai également cette retraite à 25 personnes.

J’ai donc décidé, à la suite de ces trois expériences, de livrer à un large public les enseignements donnés pendant les retraites dans l’espoir d’aider le peuple chrétien d’Afrique à retrouver le jeûne, cette pratique religieuse traditionnelle dans le christianisme.

Je m’étonne de la disparition du jeûne ecclésial, si l’on songe à l’importance de cet acte dans la vie religieuse de l’humanité, dans la tradition judéo-chrétienne, dans la théologie patristique de l’histoire du salut, dans l’islam et dans les religions orientales. De façon quasi universelle, les hommes ont vu dans le jeûne comme dans la prière un moyen d’entrer en rapport avec le divin.

Je me pose la question suivante : Le jeûne n’aurait-il pas tendance à disparaître avec la perte du sens religieux de l’existence ? L’abandon du jeûne ne serait-il pas une des carences profondes de l’Église de notre temps ? 

Quand on sait qu’au IVème siècle l’évêque de Ravenne Pierre Chrysologue écrivait ceci :

« C’est le jeûne qui est la mort des vices, la vie des vertus. C’est le jeûne la paix du corps, la beauté des membres, l’ornement de la vie. C’est le jeûne la force des esprits, la vigueur des âmes. C’est le jeûne le rempart de la chasteté, la défense de la pudeur, la cité de la sainteté. C’est le jeûne l’école des mérites, le magistère des magistères, la discipline des disciplines. C’est le jeûne le viatique du salut pour marcher dans la voie de l’Eglise. C’est le jeûne qui rend invincible cette armée qu’est le peuple chrétien. »

Cette prédication de l’évêque de Ravenne montre clairement que le jeûne était à l’honneur dans l’Eglise du IVème siècle.

Et pour nous aujourd’hui ? Je note que dans tous les documents du Concile Vatican II, le jeûne est mentionné seulement deux fois. Une fois pour noter que les musulmans pratiquent le jeûne la prière et l’aumône (NA2). Une seconde fois pour parler du jeûne pascal celui du vendredi saint qui doit être sacré et que l’on pourrait étendre au samedi saint. (SC110).

Je suis persuadé qu’une redécouverte du jeûne serait, sans aucun doute, un facteur important de renouveau spirituel dans toute l’Église. Il s’agit moins de renouer avec une pratique que de retrouver le sens d’un comportement.

Église d’Afrique ! Pourrais-tu par ton jeûne enseigner à toute l’Église répandue dans le monde entier à avoir faim, à diminuer ses besoins, à se confier à Dieu pour le lendemain, à creuser son désir pour l’ouvrir à une autre réalité, celle de l’être et non plus de l’avoir ?

Des appels, des invitations à la conversion, à la prière, au jeûne, nous viennent de la Mère de Dieu. Resterions-nous sourds à ces appels ?

Le plan de l’exposé sera le suivant :

I) le jeûne dans la Bible et dans l’histoire de l’Eglise

II) La disparition du jeûne

III) Le jeûne comme moyen d’union à Dieu et de combat spirituel

Conclusion : quelques propositions concrètes pour l’Église famille