P. Jean Ilboudo

Chapitre Général des Sœurs de Marie Réparatrice. Loyola 7 juillet 2007 Ilboudo Jean, S.J. Rome

 

Chapitre Général des Sœurs de Marie Réparatrice.  Loyola 7 juillet 2007

Ilboudo Jean, S.J. Rome

 

Introduction :

Dieu a tant aimé le monde… 

Que faisons-nous d’un amour si grand ?

 

En lisant le thème de votre Chapitre Général et en réfléchissant à cette contribution que je devais faire aux participantes du Chapitre, il m’est venu en mémoire cette histoire que j’ai lue d’un jésuite indien dans une publication récente.

L’histoire est la suivante, elle est comme une parabole. C’est l’histoire d’un aveugle assis au bord du chemin.

Une parabole – Bar Timée II

Un aveugle était assis à un coin de rue pour mendier.

Il avait placé devant lui son chapeau pour recueillir les dons des passants et tenait en main une pancarte sur laquelle était écrite la phrase suivante « Je suis aveugle ayez pitié de moi ».  Un passant arrive voit ce chapeau qui contient quelques pièces, il s’arrête, il cherche quelques pièces de monnaie dans sa poche et les dépose dans le chapeau de l’aveugle. Il prend la pancarte des mains de l’aveugle, la retourne et y écrit quelques mots, puis remet la pancarte  dans les mains de l’aveugle, de telle sorte que ceux qui passent puissent lire le nouveau message qu’il vient d’écrire sur la pancarte.

Aussitôt le chapeau commence à se remplir, au grand étonnement de l’aveugle.

Lorsque le soir ce passant revient par le même chemin, l’aveugle le reconnaît aux bruits de ses pas et lui demande. C’est vous qui avez changé le message de ma pancarte ce matin ? Qu’avez-vous écrit ? L’homme répondit : « Je n’ai dit que la vérité, mais je l’ai dit autrement ». J’ai écrit ceci :

 « Aujourd’hui est une journée magnifique, mais je ne peux la voir. »

 

Les deux messages sur la pancarte indiquaient  aux passants que l’homme assis au bord du chemin était aveugle. Mais le premier leur demandait de l’aider en déposant quelques pièces, tandis que le deuxième message leur rappelait que cet homme ne pouvait profiter comme eux de cette belle journée.

Cette histoire met l’accent sur la gratitude pour ce qui existe, tout en montrant qu’une attitude positive peut faire la différence dans la vie.

 

Dieu a tant aimé le monde…. Que faisons-nous d’un amour si grand ?

« Emilie  a senti profondément cette bonté de Dieu qui avait consenti à prendre notre humanité par amour pour l’homme, bonté qui n’était presque pas comprise… » Ecrits Spirituels III, ,n°35           

 

Je pense que ce Chapitre Général vous invite à raconter votre histoire de telle façon qu’avec des cœurs pleins de gratitude vous puissiez voir « les cécités du monde » autour de vous et alors avec un nouvel élan et une grande joie vous impliquer davantage à aider ce monde atteint de cécité. Cette  histoire contient un élément susceptible de retourner la situation  et d’impliquer davantage les passants dans le récit, en les aidant à voir et  à agir dans une optique nouvelle.

 

Quand un Chapitre se réunit c’est chaque fois un moment pour raconter sa propre histoire et se poser la question suivante : « Si Emilie et ses premières compagnes étaient là aujourd’hui au milieu de nous, fortes de leur expérience et connaissant la situation dans laquelle vous vivez, et si elles voulaient vous adresser un message pour vous aujourd’hui quel serait le contenu de ce message ?

 

Il me semble qu’en premier lieu,  elles partageraient avec vous ce qui a été au cœur de leur expérience, de leur vocation  et comment elles ont répondu  aux défis dans le monde qui était le leur, dans l’époque que fut la leur.

 

Elles pourraient également lire les changements qui se sont produits depuis leur appel et ce qui demeure comme un appel urgent pour les Sœurs de Marie Réparatrice  aujourd’hui.

 

Alors avec fidélité et créativité, nous Sœurs de Marie Réparatrice  d’aujourd’hui accomplissons ce qu’Emilie et ses compagnes auraient accompliraient si elles étaient là aujourd’hui à notre place.

 

Quand nous lisons dans les Ecrits Spirituels la phrase suivante :

« Emilie  a senti profondément cette bonté de Dieu qui avait consenti à prendre notre humanité par amour pour l’homme, bonté qui n’était presque pas comprise… » Ecrits Spirituels III, ,n°35    

 

Il est alors possible de se demander, ce constat d’Emilie au moment de la naissance de notre famille religieuse,  en quoi est-il dépassé ?  N’est-ce pas un constat toujours actuel ? Comment alors répondre aujourd’hui avec la même vigueur et le même enthousiasme, nous qui partageons ce même charisme ?

 

     I)  Pour une vie religieuse prophétique et charismatique.

 

Que faut-il faire pour que notre vie religieuse, notre vie consacrée demeure prophétique pour l’Eglise et pour le monde actuel ?

Il faudrait en premier lieu à l’exemple de la fondatrice et de ses compagnes voir notre famille religieuse comme une œuvre de Dieu et éviter de réduire l’œuvre de Dieu en une œuvre pour Dieu. Une vie religieuse, une vie consacrée doit garder son caractère prophétique et charismatique en se percevant clairement comme une œuvre de Dieu. Le tableau suivant pourra aider à comprendre la différence qui existe entre une œuvre pour Dieu et une œuvre de Dieu.

 

L’œuvre pour Dieu

 

1°)  Une personne à la vue de certains besoins

estime devoir faire quelque chose.

Elle élabore un projet : Rassembler des jeunes filles, pauvres,  abandonnées orphelines, qui ne vont pas à l’école et leur donner une formation pour qu’elles trouvent leur place dans la société.

 

2°) Des personnes intéressées par ce projet veulent aider et se mobilisent pour cela et des moyens sont rassemblés, des personnes sont prêtes à s’engager et un groupe se forme. Des fonds sont disponibles grâce à la générosité de bienfaiteurs.

 

3°) Statuts et règlement intérieurs régissant l’œuvre sont fixés et reconnus et commencent à être diffusés au niveau du grand public. Des personnes voyant le bienfait de cette œuvre de formation de jeunes filles veulent aider.

 

4°) Une structure est mise en place :

Une école, un centre de formation  pour

jeunes filles pauvres est construite et l’Evêque du lieu vient bénir le Centre « œuvre Sainte Rita pour la formation des jeunes filles »

 

 

L’œuvre de Dieu :

 

1°) Une personne fait une expérience spirituelle, elle se sent appelée par Dieu, une vocation, une expérience de conversion,  un tournant dans la vie la personne. Emilie. Cette personne commence à vivre son appel en étant fidèle à ce que Dieu lui révèle progressivement, elle ne sait pas jusqu’où cela conduira.

 

2°) Des personnes au vue de son expérience, se groupent autour d’elle. Elles se sentent appelées et sont désireuses de vivre la même expérience spirituelle qu’Emilie. Une communauté naît, une nouvelle forme de vie. Un chemin d’évangile.

Une règle est élaborée. 

 

3°) La mission : le groupe se demande pourquoi Dieu nous a-t-il mis ensemble.

Reconnaissance d’une mission de Dieu

« Etre Marie pour Jésus »

 

4°) Le groupe qui commence à vivre  cette mission ensemble reçoit la reconnaissance de l’Eglise hiérarchique qui approuve ses Constitutions une nouvelle famille religieuse est née dans l’Eglise. « Congrégation des Sœurs de Marie Réparatrice ».

Dans l’œuvre pour Dieu, c’est une personne qui prend l’initiative, qui met en œuvre son intelligence, sa foi et des moyens divers pour réaliser une bonne œuvre avec le concours de plusieurs personnes partageant la même préoccupation, la même vision, la même perspective et désireuses de collaborer à la réalisation du projet.

Quand on considère l’œuvre pour Dieu, il est possible de prévoir l’avenir en prenant acte de ce qui est déjà réalisé et à le prolonger. Une approche linéaire.

Par contre si nous considérons notre Institut, notre famille religieuse comme une œuvre de Dieu, il ne nous appartient pas de prédire son avenir comme s’il s’agissait d’une œuvre qui suit une évolution linéaire. Nous ne pouvons pas prévoir son avenir en relisant son passé, en considérant ce qui est pour le prolonger selon une projection linéaire.

Dans l’œuvre de Dieu, c’est Dieu qui prend l’initiative, c’est lui le premier qui appelle la personne concernée. L’attitude fondamentale  est celle de la confiance en Dieu., la foi en Dieu. Si c’est Dieu qui a pris l’initiative c’est encore vers  lui qu’il convient de se tourner chaque fois que nous pensons à l’œuvre, à sa croissance, à son maintient.

Saint Ignace de Loyola traitant de la Compagnie écrit dans les Constitutions au  paragraphe 812 ce qui suit : « La Compagnie, qui n’a pas été fondé par des moyens humains, ne peut ni se conserver, ni se développer par eux, mais par  la main toute-puissante du Christ notre Dieu et Seigneur. Il faut mettre en lui seul l’espérance qu’il conservera et fera avancer ce qu’il a daigné commencer pour son service et sa louange et pour l’aide des  âmes. »

Aujourd’hui il n’est pas rare dans l’Eglise de voir des religieux et religieuses prêtant grande attention à certaines réalités et décrivant la vie religieuse et son avenir de façon pessimiste.

L’attention est portée souvent sur la diminution du nombre de religieuses, sur l’âge moyen dans la Congrégation, sur le manque évident de vocations nouvelles etc…

Alors quelques personnes peuvent céder à la peur, mais en fait il s’agit  non pas de céder à la peur mais d’inventer un avenir pour la vie consacrée en partant d’une immense confiance en Dieu, avec la conviction que c’est Dieu lui-même qui conservera et fera avancer son œuvre qu’il a bien voulu « commencer pour son service et sa louange et pour l’aide des âmes. » 

Redisons en terminant cette section que pour garder à  la vie consacrée son caractère prophétique et charismatique, il ne faudrait jamais réduire l’œuvre de Dieu en une œuvre pour Dieu.

Note – Vous connaissez sans doute le livre de Catherine Harmer, intitulé «  La vie Religieuse au XXI° siècle. Ed. Bellarmin  1997 – Canada.

Dans l’introduction, Catherine fait référence  au livre des Nombres aux chapitres 13 et 14 à propos du rapport des envoyés en Terre promise et des réactions du peuple d’Israël. Le peuple d’Israël et quelques uns des éclaireurs  qui ont eu  peur et qui n’ont pas eu  confiance au Seigneur seront  punis,  ils tourneront en rond au désert et mouront sans entrer dans la Terre promise. Caleb et Josué  ceux qui ont eu foi dans le Seigneur et sa force, entreront dans la Terre promise et en feront la conquête.

Si la vie religieuse a peur du monde nouveau qui vient et n’a pas confiance dans le Seigneur, elle tournera en rond et finira par mourir de sa belle mort.

La vie religieuse qui met sa confiance dans le Seigneur n’a pas peur de ce monde et même elle est sûre de la victoire. Car c’est Dieu qui combat pour nous.

Dans les sections qui vont suivre,  nous contemplerons les changements survenus dans notre monde (II)  et nous esquisserons ce qui pourrait être notre réponse apostolique.(III)

 

           II) Les changements survenus

 

Nous savons tous que la vie consacrée s’est poursuivie et s’est développée tout au long de l’histoire de l’Eglise en dépit de beaucoup de changements et parfois à cause d’eux.

La question qui se pose serait la suivante : Comment  des religieux et religieuses doivent-ils réagir de façon créatrice à ces changements dont ils sont témoins ?

            Dans les changements en cours il s’agira  de bien discerner ce qui dans la vie religieuse sera mis en valeur et ce qui sera abandonné, ce qui est essentiel et ce qui est accessoire.

Comment modeler au mieux  cette  vie religieuse qui est née, qui existe comme élément du plan de Dieu pour réaliser la mission de Jésus-Christ. Dans le discernement il appartiendra aux religieux de voir et d’écarter ce qui fait obstacle  à cette mission et d’accueille ce qui  soutient et favorise cette mission.

 

A)   Le paradigme de la globalisation/mondialisation.

 

Dans notre siècle le caractère universel de la globalisation et ses effets positifs et négatifs présente un contexte et des intuitions nouvelles. Le monde est devenu beaucoup plus petit, la communication est devenue plus facile grâce au développement de la technologie et de l’information. Les événements politiques, religieux ou sportifs sont suivis simultanément par des millions de personnes dans le monde entier.

Les déplacements d’un lieu à un autre, la migration, les guerres ont provoqué de grands flux de réfugiés en différentes parties du monde depuis les Amériques en passant par l’Europe, l’Asie et le continent africain.

L’accroissement de la pauvreté semble curieusement et  étroitement lié aux développements technologiques. La pauvreté est devenue une question majeure. Les pauvres  sont marginalisés et nous vivons dans un monde à la fois spectaculairement riche et désastreusement pauvre.

Au niveau économique, les institutions financières sont entrain de réécrire le paysage global et sont des puissances au-dessus des Etats, tandis que l’économie de marché fragilise les entreprises individuelles et même les Etats.

Des décisions importantes et cruciales touchant des millions d’hommes sont prises par des agences impersonnelles, telle que le FMI,(Fonds Monétaire International), la Banque Mondiale, et l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) etc…

La globalisation tend à changer les rapports entre les religions, les pratiques religieuses  et les système de croyances deviennent visibles et accessibles dans le monde entier et les croyants ne dépendent plus uniquement des « versions officielles » sur les autres religions, ils ont accès direct.

Les religions sont les nouveaux partenaires mondiaux et sur le terrain de la rencontre paritaire entre les religions, le christianisme est perçu comme une religion parmi d’autres. le défi alors pour les chrétiens est de mettre en pratique la « logique de l’Evangile » tout en respectant la volonté salvifique de Dieu dans les autres religions.

 

La question qui se posent pour les membres d’une Congrégation comme la vôtre qui est présente dans le monde entier est la suivante : Comment affronter la globalisation/mondialisation dans un esprit mystique et prophétique ? 

Comment éveiller ce monde à la confiance en discernant les mouvements de l’Esprit ?

 

Nous n’avons pas peur de ce monde dans toute sa complexité et sa nouveauté et qu’au contraire, le fait d’aimer Dieu en toute chose et trouver toute chose en Dieu nous donne une mission qui est particulièrement nécessaire aujourd’hui.

    B)    Les cécités autour de nous.

Revenant à notre parabole de l’aveugle du début nous pourrions nous demander quelles sont les cécité autour de nous ?

1°) Nous-mêmes.  Quand la biche  a disparu. Une parabole. La chasse à courre.

Les gens d’un village était sorti pour la chasse,  chacun  avait son chien et les voilà  dans la brousse. Il s’agit d’organiser une battue et de lever la biche.

Voici que soudain une biche sort du milieu des herbes. Tout le monde s’ébranle à la poursuite de la biche, qui saute par-dessus les buissons et les épines. Les chiens  la poursuivent. Les jeunes gens vigoureux voient cette biche et rivalisent de vitesse dans la poursuite.

Au milieu des cris et des aboiements des chiens, tous ces hommes sortis du village courent derrière la biche, tous la voient et la décrivent avec joie.

Au bout d’un moment, il y a ceux qui  perdent de vue la biche. Ils ne la voient plus,  mais continuent à courir parce que d’autres courent. Ils courent maintenant dans la même direction  mais ils ne perçoivent plus la biche. Ce groupe finit par s’arrêter de courir ne voyant plus la biche. 

Pourquoi courir sans but ? Et même certains s’arrêtent pour cueillir des fruits et pour admirer des papillons divers.

Puis enfin, il y a ceux qui voient toujours la biche et qui courent  avec enthousiasme et ardeur jusqu’à l’atteindre. 

Quand le regard n’est plus fixé sur celui qui nous appelle à sa suite et qui est tout pour nous, alors l’ardeur diminue ou  disparaît et ce sont des choses de moindre importance qui risquent de prendre la place.

Une vie religieuse meurt par manque de vision.

 

2°) La communauté comme un lieu de conversion.

 

Il y a  une phrase du Pape Paul VI dans Evangelii Nuntiandi qui mérite de retenir notre attention au moment où nous nous demandons  qu’est-ce qui dans notre vie consacrée est parlant pour nos contemporains. Il ne fait pas de doute que pour beaucoup la vie communautaire est d’une grande importance. Des jeunes aujourd’hui sont attirés par des communautés, mais par des communautés où ils perçoivent la joie de vivre ensemble.

Paul VI  disait  que «  la communauté religieuse est évangélisatrice, mais elle commence d’abord par être évangélisée elle-même. » Evangelii Nuntiandi,  n°15

            Si je ne me trompe, durant votre dernier Chapitre en l’année 2001, vous avez perçu la diversité dans vos communautés comme un don pouvant conduire à l’unité dans la recherche quotidienne de la mise en œuvre du charisme.

Il me semble qu’aujourd’hui, beaucoup d’Instituts qui vivent l’expérience de la diversité culturelle sont conscients de plus en plus qu’ils sont engagés de vivre cette internationalité, cette diversité dans un monde divisé.

            Mais il possible de se demander : «  sommes-nous vraiment disposés à promouvoir des communautés religieuses dans lesquelles des membres de plusieurs races, groupes ethniques vivent ensemble dans un esprit de dialogue, de justice et de charité ? Ou bien l’affirmation que nous sommes des communautés internationales et multiculturelles demeure vide et loin de la réalité.

Quand des personnes de différentes cultures se rencontrent et décident de vivre une expérience commune, on note généralement les étapes suivantes :

Dans un premier temps les personnes sont fascinées et entrent dans une relation joyeuse et apprécient de prime abord les visibles et remarquables différences culturelles, telles que la cuisine, les danses, les chants, l’art…

Dans un deuxième temps, vient une expérience de désillusion, des frictions naissent, des difficultés apparaissent, des incompréhensions et tout cela tend à l’emporter sur l’enthousiasme manifesté au premier moment, certaines personnes n’arrivent pas à franchir cette étape. De vieux préjugés renaissent et des conduites de refus d’accueil  et d’estime de l’autre qui est différent, apparaissent.

Dans un troisième temps, une fois surmontées les difficultés de communication et de compréhension les personnes sont alors disposées à une interaction, elles vivent alors une expérience de multiculturalisme fécond dans laquelle les personnes font un effort pour se connaître vraiment, pour se respecter pleinement et pour agir ensemble en prenant en compte les qualités de chaque personne, sa sensibilité et ses charismes.

Une communauté multiculturelle est appelée à cela.

La culture n’est pas principalement et primordialement les manières de vivre d’un groupe donné, mais plutôt le sens d’identité d’un groupe, son sens d’appartenance, son histoire intérieure de lutte pour l’égalité, la justice, le respect pour la dignité humaine.

Souvent des communautés religieuses composées majoritairement de personnes d’origine occidentale ne se rendent pas compte que certaines réactions expriment ou disons prennent leur source dans une tradition de paternalisme  fortement enracinée. Ce paternalisme est  greffée  d’un sentiment de supériorité culturelle souvent inconsciente.

Le multiculturalisme demande, exige une conversion permanente à la mission du Christ, une profonde transformation des mentalités et des manières de vivre. Si des religieuses ne luttent pas pour vivre cette transformation, cette conversion  il manquera alors quelque chose de la nature prophétique de cette vie consacrée dans le monde actuel.

 

3°) Le monde autour de nous.« La société du vide ».

 

Dans le livre du Père Dominicain Timothy Radcliffe intitulé « Je vous appelle mes amis », nous lisons ceci : « Je montrerai que la crise fondamentale du sens dans notre société, c’est que l’histoire sous-jacente à la culture européenne depuis plusieurs siècles n’a plus de sens, c’est une histoire de progrès, de survie du plus adapté, de triomphe du plus fort. Le héros de cette histoire est le moi moderne. Il (c’est généralement un homme) est seul et libre. C’est l’histoire implicite de nos romans, de nos films, de notre philosophie, de notre économie, de notre politique. Mais elle a cessé de donner du sens à notre expérience. »  Pour ma part je n’ai rien à ajouter à cette affirmation qui vient de quelqu’un du continent européen et qui vit profondément au cœur de ce monde qu’il connaît bien.

Yves Barel dans son livre  qui a pour titre «  La société du vide » écrit ceci :   « Derrière la cacophonie trompeuse de l’information, règne en fait un énorme silence, comme une panne de la production du sens, une panne de toute transcendance. » p.267

Alors devant cette société qui témoigne d’une crise de sens quelle nouvelle histoire lui proposer et comment l’aider à guérir de sa cécité ?